dimanche 29 juillet 2012

VT100: une longue histoire qui finit bien

Comment se sent-on quand on vient d'atteindre un objectif vraiment difficile, qu'on s'est fixé depuis près d'un an?  C'est une question très personnelle.  Chacun le vit à sa façon.  Dans mon cas, j'ai franchi l'arrivée du Vermont 100 avec une émotion bien vocalisée, celle de l'accomplissement et du soulagement; et puis j'ai savouré les heures suivantes dans la satisfaction et le partage d'une victoire personnelle avec proches et amis coureurs.  Mais la pleine réalisation de ce que j'ai vécu, de ce que j'ai gagné... murira encore plusieurs semaines en moi.


Un des sentiments forts déjà, c'est une grande reconnaissance pour ceux qui m'ont aidé dans ce pari fou.  D'abord, mon équipe de soutien qui a été tout simplement fantastique: mon épouse Line, mes parents Nicole et Guy, ma soeur Magali (venue du Utah) et mon ami Michel ont été là avant, pendant et après et je leur en dois toute une!  Et puis tous mes amis, les coureurs et les pas-coureurs qui se sont intéressés au défi fou de 100 milles (oui oui, 161km) que je m'étais lancé en décembre, qui m'ont encouragé, qui m'ont envoyé leurs ondes positives, ont tous renforci mon élan.

C'est donc avec détermination, énergie, confiance et une bonne dose d'inconscience que je me suis avancé vers cette grande fin de semaine de l'été, celle où le Vermont allait m'offrir ses montagnes vertes, celle où moi j'allais lui donner tout mon coeur et toutes mes jambes.  Celle où j'allais aussi savoir si j'étais prêt à creuser suffisamment en moi, à faire triompher ma volonté sur les obstacles pour me rendre au bout.

Entraînement et préparation

L'an passé, en courant le 100km du Mont Royal (c'était fin juin 2011) avec comme seule préparation celle des marathons de Boston et Ottawa, je m'étais rendu compte que le monde des ultras était à ma portée.  Un monde marginal, éclaté... avec du vrai monde, les deux pieds bien sur terre.  J'avais couru ce premier ultra en 10h51 et terminé avec des douleurs aux jambes bien senties, mais aussi avec l'impression que je pouvais aller encore  plus loin.

Le rêve du 100 milles a donc germé doucement dans ma tête pendant l'automne, et je me suis inscrit en décembre 2011 au Vermont 100 de juillet 2012; ce choix me semblait tout naturel vu la proximité et le cachet du Vermont, où j'avais couru le Green Mountain marathon deux mois plus tôt.  Mon timing pour l'inscription fut bon, puisque deux semaines plus tard le site affichait déjà complet avec 325 inscrits! À un coût somme toute raisonnable, selon nos standards nord américains: $236, ce qui représente moins de $1,50 le kilomètre! J'en connais qui paient plus cher pour souffrir, notamment mes amis Ironman ;-)

Mon ami ultramarathonien (et premier inspirateur) Bruno m'a alors parlé d'un bon livre de référence: Relentless Forward Progress , de Bryon Powell.  Je me le suis procuré et l'ai lu par petites doses, en livre de chevet.  L'auteur, un ultramarathonien accompli, donne d'excellents conseils et propose des plans d'entrainement tout à fait accessibles, à raison de 50 milles (80km) par semaine ou de 70 milles (110km) par semaine.  Tiens, j'en surprend déjà quelques uns se dire pour eux-mêmes ... 'seulement?! Hmm ce n'est pas tant que ça...'

J'ai entâmé l'hiver 2012 en force, avec un entraînement marathon costaud, celui de Run Less Run Faster et les multiples courses du printemps qui m'ont gardé continuellement en alerte:
- Marathon de Boston sous une canicule-surprise, à la mi-avril, avec un temps de 3h32.
- Demi-marathon de Chateauguay à la mi-mai, en compagnie de notre championne belge, Delphine.
- Marathon d'Ottawa, fin mai, où j'ai réalisé mon meilleur temps à vie: 3h08!
- 21km Xtrail de Sutton une semaine plus tard, où j'ai apprivoisé le 'single track' technique et les gros dénivelés avec une performance soutenue - une expérience palpitante;
- 20km de Saint-Bruno en accompagnement de Benjamin, un jeune néophyte de 16 ans que j'ai aidé à s'entrainet et à se dépasser;
- 20km du Lac Brôme avec les jeunes des Étudiants dans la Course, en particulier mon jeune mentoré Alex D., qui a très bien géré sa course;
- 58km Ultimate XC de Saint-Donat, en équipe avec mon ami Alex E., une épreuve ultra très costaude qui incluait plus de 2000m de dénivelés et des 'surprises' marécageuses...  à seulement 3 semaines du grand défi du Vermont 100.  J'y ai rencontré plusieurs bons coureurs dont Pat et Michel, qui se préparaient au même défi que moi.

Au total, un volume somme toute raisonnable (70-100km par semaine), au regard du but à atteindre.  C'est 2000km en 6 mois, à raison de 5 fois par semaine, et une moyenne de 15-20km par jour d'entrainement, incluant une dizaine de longues courses de plus de 25km.  Ma philosophie: s'entrainer suffisamment, mais éviter le surentrainement et la zone des blessures, qui pourrait hypothéquer mes jambes et mes chances d'atteindre mon objectif ultime de l'année.

Dans les dernières semaines, j'ai préparé mon plan de course, les aspects logistiques et j'ai eu la chance de regrouper une super chouette équipe -- sans forcer personne.  Tout s'est aligné comme par magie devant moi :)  Chanceux, parce que je ne suis pas aussi sérieux que bien d'autres amis coureurs dans mes préparations, avec mon côté un peu brouillon.  Mais étonnamment, je ne me suis pas senti trop nerveux à l'approche de l'événement.  Je sentais que j'avais les ressources en moi et autour de moi pour réussir.

La grande fin de semaine commence

Line et moi sommes partis le vendredi matin pour arriver au site du départ et arrivée de la course, à West Windsor au Vermont, en début d'après-midi.  Enregistrement - très convivial - petite vérification médicale et pesée initiale: 77 kilos ou 170 livres.




Briefing  aux coureurs et à leurs équipes à 16h00, avec quelques bons conseils et rappels.  Le plan de course avec les 29 stations de ravitaillement est passé en revue.  Je dépose quatre petits sacs de légères provisions pour certaines des stations de ravitaillement, au cas où j'en aurais besoin.

Le parcours est sinueux, passe par toutes sortes de routes (de campagne, de terre, d'asphalte) et de sentiers forestiers et champêtres.  Il est surtout rempli de reliefs.  Voyez plutôt la comparaison du profil avec celui du marathon de Boston:

Ce n'est pas 'a walk in the park' , quoi!

Je retrouve les coureurs québécois (Pat, Michel, Denis, Marie-Pierre, Pablo) et fais de nouvelles connaissances, dont deux sympathiques vétérans des ultras et compagnons d'armes: Patrick H. et Louis A. -- ce dernier est blessé de son 100 miles précédent et est venu tout de même, par solidarité et pour aider comme bénévole; généreux de sa part!  On se salue, et puis on se reverra la nuit prochaine avant le départ, vers 3h30.

On ne peut manquer de remarquer aussi les nombreux campements des participants équestres sur le site, avec leurs superbes montures.  La course équestre s'organise en parallèle à la nôtre, et emprunte en majorité les mêmes chemins que le VT100, avec quelques différences.

À 17h30, un bon souper nourrissant et varié pour les coureurs, et puis je vais accompagner mon équipe de soutien à leur souper (ailleurs); enfin Line et moi rentrons tôt à notre B&B pour mes derniers préparatifs dans la chambre: vêtements, sac à dos, bouffe.  Je réussis à dormir deux heures avant de me lever spontanément vers 1h30 (bien avant mon réveil!).  L'adrénaline pré-course, un classique.  Je prend mon temps, mange des céréales et 2 bananes dans la chambre et j'arrive quand même bien en avance au site du départ de Silver Hill Road, vers 2h45.  Je mange encore un peu dans l'auto, et puis je me rend sous la tente vers 3h15.  La frénésie est palpable, tout le monde se souhaite bonne chance.  À ce moment, en parlant avec d'autres coureurs, je me rends compte que la gourde dans mon sac dorsal n'est pas idéale à remplir aux ravitaillements, et que je pourrai me suffire plus simplement de ma bouteille à la main.  Je vide donc la gourde et la range au fond de mon sac.  Bonne décision.

Le départ est donné à 4h00 du matin.  299 coureurs déjantés partent doucement dans la nuit, encouragés par plusieurs braves qui se sont levés pour les coureurs. Armés de nos lampes frontales, nous avançons d'abord sur Silver Hill road direction nord, et sommes rapidement dirigés vers un sentier large, avec petites côtes.  Je me joins au groupe des coureurs québécois: Pat, Michel, Vincent F., Vincent L., Pablo et Patrick.  Ambiance spéciale alors que nous franchissons ensemble les tous premiers kilomètres de notre odyssée.  Je prend bonne note du premier conseil de Pat, qui suggère de commencer tôt les intervalles marches dans les  côtes montantes.  Il faut savoir doser et gérér ses énergies, et les montées sollicitent plus.

Après trois kilomètres, je choisis de courir avec Patrick, un peu devant les autres québécois.  Patrick est un mordu des ultramarathons, il en est déjà à son cinquième 100 milles cette année (!!!).  C'est un compagnon super chouette qui a de bons conseils d'expérience; nous parcourons une vingtaine de kilomètres ensemble.  Dans le village de Woodstock au petit matin, nous recevons nos premiers encouragements, dont ceux de l'ami Denis.  Quelques segments d'asphalte courts, dont le pont de Tafstville, avant de retrouver les chemins de terre. Vers 6h50, les premiers cavaliers et leurs montures nous dépassent au trot rapide, eux qui avaient pris le départ une heure après nous.  Peu après, Patrick m'encourage à continuer à mon rythme, alors je lui dis au revoir et continue solo.  Je dépasse plusieurs coureurs, et doit garder le contrôle sur mon rythme, ne pas 'emballer.

Nous sommes toujours dans la première moitié de la première boucle (0 à 48 milles) côté nord, je me sens très bien à date.  Le premier grand ravitaillement arrive à 7h30, celui de Pretty House à 21 milles (34km).  Comme j'y passe très tôt, mon équipe n'y est pas venue, et c'est ce que je leur avais demandé -- il faut qu'ils puissent déjeuner à leur B&B, tout de même!  Ce sont pour moi 7-8 minutes bien investies: changement de t-shirt, demi-barre Lärabar (dattes-cajous), fruits, pause toilette et je repars.

Le matin progresse, la chaleur commence à monter.  J'entame le passage le plus septentrional avec plusieurs montées pour atteindre un plateau champêtre avec superbe point de vue sur les montagnes environnantes.  Dans cette portion je côtoie un temps Tony de Boston, nous faisons connaissance.  La descente est raide et dure sur les jambes, qui commencent pour la première fois à se manifester: quadriceps en compression et genou droit, surtout.


J'arrive au ravitaillement de Stage Road à 30 milles (48km) où mon équipe m'attend, il est 9h20 et je me permet une pause de 10 minutes pour m'asseoir et me changer: casquette, t-shirt, chaussettes et souliers.  Ma soeur Magali m'offre généreusement de me nettoyer les pieds déjà pleins de poussière.  Ça me fait beaucoup de bien de repartir les pieds propres, secs, et dans mes Salomon Crossmax XR -- chaussures que je garderai jusqu'à la fin.  Question bouffe, je profite d'un premier morceau du délicieux gâteau aux dattes et noix que ma maman a préparé à ma demande.  Si vous y goûtiez, vous comprendriez.

Le pissenlit trotteur et sa super équipe à Stage Road:


Je repars à 9h30, quelques minutes derrière Pat qui m'avait rattrapé et qui a fait un arrêt plus court que moi.  500 mètres après avoir laissé mon équipe, bang une autre grosse montée.  Je la monte en marche rapide, dépasse quelques coureurs et rattrape Pat peu après.  Nous allons parcourir les 17 milles suivants ensemble, ce que j'ai trouvé motivant, au travers des côtes qui ne cessent jamais.  Nous parlons ensemble naturellement, sans forcer les choses, pendant que la chaleur de l'été continue à monter.  Je vide maintenant ma bouteille d'eau entre chaque ravitaillement, et je prend régulièrement des capsules d'électrolytes (les toutes simples S-Caps, fournies par l'organisation).   Aux ravitaillements, chaque fois qu'il y en a, je choisis les morceaux de cantaloup et de melon d'eau, quartiers d'orange, les morceaux de patates bouillies avec sel, et les sodas -- pour du sucre rapide.  Initialement du Coke, mais je suis rapidement passé au Ginger Ale, nettement plus agréable au goût.  J'évite les sandwiches et la plupart des autres aliments secs offerts, parce que l'estomac est devenu fragile et l'appétit... pas très soutenu.  Il me faut pourtant ingérer et traduire suffisamment de calories: mes réserves initiales corporelles sont presque toutes consumées!  Pas évident, c'est un des éléments clés de la course.

Pat et moi à l'arrivée du ravitaillement 10. Lincoln Bridge:



Dans le dernier kilomètre avant le prochain grand ravitaillement, nous attaquons une grande descente où je laisse filer le rapide Pat devant moi, question de ne pas trop aggraver l'état de mes jambes déjà soumises à un stress considérable.

Arrive donc le ravitaillement de Camp 10 Bear, à 48 milles (77km) où m'attend ma chère équipe.  Priorité: la première pesée en course, avec comme verdict 75,5 kilos ou 166,5 livres.  Une petite baisse de poids depuis la veille, mais tout à fait acceptable.  Je vais vite me changer et me ravitailler avec mon équipe.  Fruits, super gâteau aux dattes et noix -- mon petit plus, vous avez compris!  Après 15 minutes, je repars dans mon kit gris pâle Saucony, plus léger et énergisé:


La deuxième boucle, de 48 à 70 milles, nous amène dans la zone sud-ouest.  Elle se déroule en plein après-midi, au plus fort de la chaleur, et est éprouvante sur le moral.  On se sent un peu 'middle of nowhere', et les côtes salées s'accumulent.  Je repars seul - encore cette fois, Pat ayant fait un arrêt plus court pour repartir devant.  Je cours encore un bon bout solo; je me sens bien là-dedans.  Je m'étais préparé à courir le plus gros de cette course seul, ce  qui fait que les bouts en compagnie se prennent comme des boni.  Arrive un point où je finis ma bouteille d'eau 2km avant le prochain ravito (16. Birmingham's) et j'ai très soif.  C'est justement dans ce segment que je dépasse John Geesler, une légende vivante des ultras aux États-Unis qui détient aussi le record d'assiduité à cet événement: c'est sa vingtième année en ligne!!

De l'eau, des vivres: ravitaillement providentiel.  Je poursuis, continue à grimper et puis descendre jusqu'au ravitaillement 17, Tracer Brook.  En arrivant au ravito suivant en haut de Prospect Hill (60,6 milles), j'aperçois Pat, que je rejoins peu après.  Encore un bon feeling de se retrouver, nous poursuivons la route ensemble, sans sentir le besoin de se parler autant qu'avant.  

Les milles sont plus longs, et nous arrivons avec une fatigue certaine au ravitaillement Camp 10 Bear pour la deuxième fois (70,5 milles ou 113km) à 17h30, très heureux de retrouver nos équipes.  Re-pesée, cette fois-ci 76,3 kilos ou 168,2 livres.  Tout va bien, Madame la Marquise...

Je m'assois avec mon équipe, cette fois-ci augmentée de mon ami Michel, qui va m'accompagner pour les 18 milles suivants!   Je me sens fatigué mais encore de bonne humeur, prêt à attaquer la suite.  Nouveau changement de linge, nouveau nettoyage des pieds avec l'aide de ma soeur si attentionnée pour moi.  Louis A. est là aussi, bénévole au ravitaillement, il me donne un bon coup de pouce et me redonne de l'entrain.


La troisième et dernière boucle, de 70,5 à 100 milles nous amène dans la zone sud-est de ce long parcours en forme de trèfle à trois lobes.  Michel et moi quittons l'équipe après 20 minutes de pause, il est 17h50.  Michel est tout frais et enthousiaste, c'est bienvenu pour m'aider avant mon prochain coup de barre. À peine avons-nous traversé la route 106 que nous devons attaquer un sentier en grosse grimpe, long et pénible.  Je garde un bon rythme de marche dans les montées, mais je me rends compte que mon souffle est plus court, et il me faut plus de temps de récupération en haut avant de me sentir prêt à courir.  À partir de ce moment la quantité de marche augmente beaucoup par rapport à la course, mais Mike Mercury (c'est son surnom :)  m'aide à rester positif.  Dans ces sentiers, il y a encore certains cavaliers qui nous passent, dont un... qui est aveugle et partiellement paralysé, sur son cheval!  Il est guidé par une cavalière sur cheval séparé.   Nous les côtoyons un certain temps, parce que les descentes en sentiers étroits sont loin d'être évidents pour eux!  Justement, les descentes sont de moins en moins évidentes pour moi aussi, avec mes quadriceps sur-sollicités en compression...

Nous avons ensuite un bon segment sur route de terre large, où je me surprendrai à faire quelques bonnes passes de 10 à 15 minutes de course ininterrompue.  Le combat avec moi-même, c'est maintenant: Pierre, cours quand tu peux, marches moins!  Jamais l'idée d'arrêter, par contre: j'ai le privilège du momentum.        

La nuit tombe graduellement.  Je me sens fatigué bien sur, mais quand même chanceux d'être rendu si loin à la clarté, alors que plusieurs des coureurs suivants devront se débrouiller dans le noir.  Michel allume d'abord sa lampe frontale, je l'imite 30 minutes plus tard.  Le chemin à suivre, indiqué jusqu'ici par de petites assiettes jaunes en plastique sur les arbres, est maintenant donné par de petits bâtons fluorescents verts qui pendent de branches d'arbres, à tous les 100 ou 200 mètres.  Il ne faut surtout pas les oublier!  Et pourtant...

En repartant du ravitaillement 25. Cow Shed, il fait bien noir maintenant et nous prenons la mauvaise route sans nous faire avertir par les bénévoles... et en espérant toujours voir un bâton fluo devant nous... ce qui résulte en 15-20 minutes de perte de temps pour nous et deux autres coureurs qui nous ont suivi; un peu dur sur le moral, mais pas catastrophique.  Allez, on continue notre course, en repartant du Cow Shed.

Nous arrivons enfin au dernier grand ravitaillement 26. Bill's (89 milles ou 143km).  Dernière pesée: 76,2 kilos ou 168 livres.  Tout est sous contrôle.  Autre bonne pause de 20 minutes avec mon équipe pour bien m'alimenter (bouillon avec nouilles ramen, petites patates rissolées hmmm, fruits, gâteau, soda), mettre un t-shirt à manches longues plus chaud, encore nettoyer les pieds et changer de chaussettes, laisser le sac à dos à mon équipe avant de repartir.  Je prend ces pauses plus longues que la majorité des autres coureurs, mais c'est ce que j'avais prévu et au final je ne crois pas y avoir trop perdu au change.  Pour m'accompagner dans les 11 derniers milles, mon ami Michel passe le flambeau à ma soeur Magali, qui est aussi une super coureuse -- entre autres sports.

Nous repartons dans la nuit, et descendons dans un champ et des sentiers, jusqu'à assez profond... je me dis que tout ceci va ajouter en montées!

Magali juge rapidement comment m'épauler et trouver le ton juste pour me stimuler à courir quand c'est possible.  Parce que mon envie de courir a beaucoup diminué, comme pour bien d'autres coureurs.  Nous choisissons nos segments pour courir en nous aiguillant aux bâtons fluorescents, et en essayant de faire moitié course, moitié marche.

Le ravitaillement de Polly's à 96 milles est le dernier avec bénévoles.  Je prend encore un verre de bouillon avec nouilles ramen, patates, fruits et soda et go allons finir ce calvaire.  Je suis totalement crevé, mais encore déterminé. Sur les 2 milles suivants, j'augmente un peu la portion course sur les intervalles marches, et je dépasse quelques groupes coureurs-accompagnateurs qui marchent.

Ces quatre derniers milles (7km) sont les plus longs: quand on veut arriver, quand on espère tellement la fin, que c'est presque terminé... on se sent galérer un peu plus.  Après la dernière table de ravitaillement (eau seulement), à 98 milles, Magali et moi prenons le sentier grimpant.  À un certain point dans la montée apparait le message du dernier mille!  La grimpe n'est toutefois pas finie.  Et puis le message du dernier demi-mille, soit 800m, l'équivalent de deux anneaux olympiques!  Mais il y a encore à grimper (!) et ce n'est que dans les derniers 200m qu'on sent enfin la descente finale.

L'arrivée approche avec les derniers lampions fluos au sol, et les clameurs des équipes qui attendent leurs coureurs.

Je franchis le porche d'arrivée à 1h22 exactement avec un grand cri de satisfaction, main dans la main avec Magali.  Quelle moment unique!  Mon épouse, mes parents et mon ami Michel m'accueillent et me félicitent.  Ici avec Michel et Magali, le rêve devient réalité:


Il fait froid, je ne peux rester longtemps comme cela.  J'engouffre un hamburger sous la tente, avec une bonne bière fraiche offerte par Louis hmmmm, on échange et on rit et puis c'est leur de se dire bonne nuit.  On se reverra dans quelques heures!

Ahhhh le retour au Bed & Breakfast de Carol vers 2h00 du matin me fait du bien.  Un petit bain chaud pour me décrasser et apaiser les jambes et les pieds, et puis un petit dodo de 4-5 heures bien mérité, avant le retour sur le site pour le traditionnel BBQ qui commence à 10h30!

Les battants qui arrivent en 27, 28, 29, 30 heures (la fermeture officielle de l'événement est à 10h du matin) n'ont même pas eu le temps d'aller se coucher avant le BBQ et la cérémonie!  Chapeau bas à ces persévérants extrêmes, qui sont encore bien plus crevés que moi -- et avec raison.

Le BBQ est excellent, la bière est bonne (Samuel Adams, ahhh).  Je retrouve tous les amis québécois qui ont chacun une bonne histoire à compter et je reçois avec fierté ma 'belt buckle' des mains de l'organisatrice Julia, celle qui est remise aux coureurs ayant complété la distance en moins de 24 heures.  Amusant de voir tous les finissants marcher les jambes raides, sous la tente.  À 13h30, chacun repart de son côté.


Le retour se passe sans histoire, avec ma blonde qui conduit, et moi... dans les limbes.  J'ai heureusement prévu le lendemain (lundi) de congé avant de retourner au boulot.

Épilogue

Dans les 48 heures suivant mon arrivée, je me dis que c'est fou d'avoir autant de difficulté à marcher, monter et descendre les escaliers, alors que j'y arrivais assez aisément jusque dans les derniers instants de la course, avec toutes ces grosses côtes.  Comme quoi... nous pouvons nous auto-programmer à rencontrer un objectif important dans la douleur, et garder celle-ci de côté; et puis une fois l'objectif atteint, le mental laisse les messages du corps fatigué reprendre le dessus.  C'est le mécanisme de la survie, quoi!

C'est aussi la première fois que je ressens l'effort de reconstruction de mon corps avec une telle ampleur.  C'est en même temps rassurant de sentir sa résilience, sa capacité à revenir.  Mes quadriceps, les muscles de mes pieds, et mes orteils assommés sont les plus douloureux, mais ils reviennent graduellement à la normale dans les jours suivants.

Après 48 heures, je pense déjà à mes prochaines rencontres ultra.  À la suggestion de Pat, je me suis inscrit au Bear Mountain 50 de mai 2013, dont le niveau de difficulté sera assurément 'relevé'.  Patrick, lui, essaie même de me convaincre de faire un 50 ou un 100 milles encore cet automne, mais je doute que je sois prêt à faire cet investissement si vite.   Par contre, chose certaine: dès que les inscriptions du VT100 de 2013 s'ouvriront... j'embarquerai de nouveau!  Quand j'aime une fois...

À bientôt pour mes prochaines aventures.

P.S Allez aussi lire le récit de Pat, excellent et bourré de bonnes photos!  Il a livré une performance qui m'inspire, en particulier dans les derniers 30 milles, pour terminer en 20h08.  Colossal.  Également, le récit de Michel, qui a réussit à terminer juste sous les 24 heures, et qui le raconte très bien.
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Bons points à répéter:
- La crème NOK, que je m'étais religieusement appliqué tous les soirs pendant les 2 semaines avant la course, m'a certainement aidé à éviter les ampoules aux pieds.
- Les longues courses de sentier avec de bons dénivelés, pratiquées dans les trois mois précédent l'ultra: elles sont importantes.
- Trouver le juste milieu dans le volume d'entrainement: suffisamment pour préparer son corps, et pas trop pour ne pas se blesser inutilement.

Leçons apprises, 'terre à terre':
- porter des guêtres pour empêcher la poussière des chemins et sentiers de rentrer dans les chaussures et chaussettes, et mieux protéger les pieds;
- porter des shorts moulants confortables pour toute la course, et appliquer beaucoup de vaseline, pour éliminer les risques de frottements à l'aine et aux fesses;
- porter des chaussures plus amples, 1 pointure trop grande, vu que les pieds enflent dans l'endurance et les orteils ont besoin d'espace pour ne pas cogner l'avant de la chaussure (il faut toutefois savoir serrer les lacets pour une bonne prise aux chevilles sans étouffer le pied)
- s'assurer d'avoir les aliments qui conviennent aux ravitaillements, en particulier les fruits. Continuer à explorer pour trouver des aliments nutritifs, efficaces rapidement, faciles à ingérer et à digérer.  L'alimentation en course, c'est très personnel et ça demande des essais et erreurs!

Détails chiffrés
299 coureurs partants, 218 finissants.  Je suis arrivé 52ième au général et 18ième sur 64 dans le groupe des hommes de 40 à 49 ans.  Résultats complets.

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jeudi 3 mai 2012

Boston 2012, une grosse épreuve mentale


Voilà enfin mon compte-rendu... plus de 2 semaines après l'événement.  C'était mon troisième Boston (2010 - 2011 - 2012), et mon dixième en carrière.  Mais ce fut sans doute le plus difficile mentalement.  C'est l'histoire d'une... chaude fin de semaine.

Départ le samedi après-midi avec un ami coureur de mon coin, Bruno, qui est papa comme moi, ostéopathe, et tout un athlète -- il avait d'ailleurs fait Boston en 2007 sous la flotte, en 2h58! Nous avons roulé cinq heures ensemble et ça a passé très vite, tellement nous avions de choses à échanger sur nos familles, la course, l'entrainement, la santé, la médecine, l'ostéopathie et la chiropractie.  Arrivés à notre hotel, un Holiday Inn bien ordinaire mais correct à 3km au sud du point d'arrivée, nous avons rejoint une autre amie coureuse de notre coin, Marie-Claude, elle qui était arrivée avec le voyage organisé de Pierre Bourrassa (Courir.org).  Nous avons trouvé un bon petit resto italien (Artu, sur la rue Saint-Charles) où nous avons bien mangé (de bonnes pâtes, bien sûr!) et bien bu -- un bon petit Barbera d'Alba.  Pour finir, nous sommes allés voir la ligne d'arrivée du marathon, à la noirceur.  Ambiance amusante.


Avec Bruno et Marie-Claude

Le dimanche, suite à un bon dodo et au petit déjeuner inclus -- pas de la haute cuisine s'entend, mais au moins beaucoup de bananes et oranges, ça j'ai apprécié -- nous nous sommes retrouvés tous les trois à l'expo marathon au Seaport World à 10h00 pour aller chercher nos dossards, et nous faire plaisir parmi les nombreux kiosques.  À chaque fois, j'en profite pour faire le plein de trucs utiles... et futiles.  Moi qui ne suis pas un grand coureur de magasins, là je me laisse un peu aller!  Il est déjà 13h, allez hop une délicieuse pizza aux champignons sauvages et roquette, et puis petite marche en ville relaxe en compagnie de Marie-Claude et Bruno: principalement le Quincy market, suivi d'un bon moment de Farniente sur l'herbe, face à la marina.  Il fait chaud, on est bien... pour l'instant!  Alors carpe diem.


Farniente devant la marina

Nous passons par l'hotel de ville vers 16h30, ou s'amorce le 'Pasta Party' du marathon; il y a vraiment trop de monde et nous n'avons pas faim pour l'instant, alors nous passons notre chemin.  Encore un peu de marche et magasinage, et nous retournons pour un souper vers 18h30 dans le même quartier que la veille, dans un resto style pub, en choisissant cette fois du saumon sur salade niçoise -- donc avec abondance de légumes, mais pas de pâtes!  Je me permet une petite gâterie alcoolisée: la Samuel Adams Spring Ale, mmmmh j'adore les bières de cette brasserie bostonaise qui est devenue cette année partenaire du marathon.  Il y a même une brassée spéciale '26.2' qui est disponible dans certains bars et restaurants, malheurement pas dans celui-ci... tant pis.  Nous ne rentrons pas trop tard, ce n'est pas le temps de faire des folies.

Lundi matin, enfin jour de l'épreuve; je me réveille aux petites heures, et déjeune dans la chambre à 5h15: deux bons bols de mes céréales préférées au lait (les Morning Crisp de Jordans aux pacanes, très nourrissantes), 3 bananes avec un peu de beurre d'arachides, et une orange.  J'enfile mon linge de course que j'avais soigneusement préparé la veille, et mon sac de coureur. Go.  En sortant, pas de surprise avec la météo, il fait déjà chaud -- on va y goûter tout à l'heure.

Bruno et moi arrivons juste après 6:00, et juste avant la cohue aux autobus scolaires -- environ 20,000 coureurs à acheminer en 90 minutes, du point d'arrivée au point de départ, ça occasionne des files... heureusement la logistique parfaitement huilée des organisateurs permet un débit assez remarquable. La navette nous mène au village des athlètes de Hopkinton et cette balade est longuette, presqu'une heure; bon ça va, il fait beau (et déjà chaud!) et je suis en bonne compagnie.  Au village il y a beaucoup, beaucoup de coureurs, de bruit, de files pour les toilettes, ce n'est pas facile d'y rencontrer ses amis...  J'avais fixé un point de rendez-vous assez approximatif aux alentours d'un panneau (celui pour les photos souvenirs, 'Welcome to Hopkinton'), et finalement quelques coureurs réussissent à me trouver: Marie-Claude, Donald, Jean-François, Delphine.  Repos, préparatifs finaux et petits échanges, et c'est le temps de se diriger vers nos enclos de départ.

Donald (ex-mentor EDLC) et moi nous sommes entendus pour prendre le départ ensemble, avec Maxime (petit cousin de Donald, et mentor EDLC), dans l'enclos numéro 8 de la première vague.  Donald et Maxime sont deux forts coureurs, ayant déjà complété plusieurs marathons dont certains sous les 3 heures, mais aujourd'hui ils préfèrent cibler le même objectif que moi: 3h10.  Malgré la chaleur et tous les avertissements, nous ne voulons pas encore décrocher de cet objectif, en nous disant que nous nous réajusterons en cours de route si nécessaire.  Nous connaissons aussi le parcours assez bien, dans mon cas c'est tout frais dans ma mémoire des deux années passées, et de la vidéo de reconnaissance visionnée la veille à l'expo du marathon sur grand écran (vraiment bien faite).

Le départ de Hopkinton est donné à 10h00.  Il fait déjà 26C, selon les rapports officiels.  6 minutes plus tard Donald, Maxime et moi franchissons la ligne de départ, au haut de la colline.  De là c'est de la descente et nous n'avons qu'à suivre le flot des coureurs autour de nous pour les premiers kilomètres.

Les organisateurs ont doublé les postes de ravitaillement, donc un à chaque mille: ils ont très bien fait.  Dès le premier, je me verse un verre d'eau sur la casquette.

Les premiers 10km se passent donc selon le pace moyen prévu de 4:30/km, notre trio les franchissant en 45:16.  Mais nous reconnaissons ensemble que ce pace deviendra bientôt insoutenable.  Vers le 15ième km, nous nous perdons de vue tous les trois, Maxime ralentissant un peu et Donald et moi restant plus près quoique séparés.  Dans ce deuxième quart de la course, j'arrive encore à maintenir un pace assez rapide, environ 4:40/km.  La chaleur monte, mais grâce aux nombreux verres d'eau sur la casquette (un à chaque point d'eau, systématiquement), je contrôle ma température corporelle.  Petit désavantage, à la longue mes souliers deviennent des éponges... mais ça s'endure.

Arrive le collège Wellesley et ses célèbres collégiennes, bruyantes, souriantes, charmantes, toutes alignées sur 500m.  Cette année elles sont particulièrement bien organisées avec leurs très nombreux posters 'Kiss me' (Kiss me I'm from Texas, Kiss me I'm a virgin, It's HOT but so are you, etc.).  Je choisis d'en embrasser deux au passage, et de frapper des mains par la suite.  Une bonne énergie de gagnée!  Je passe donc le tapis de 21.1km en 1h37.  Je me motive en pensant que j'ai la moitié de complétée.

Théoriquement je pourrais encore égaler ou battre mon record personnel de 3h14... mais je ne me fais déjà plus d'illusion à ce sujet: le plus dur est devant, il me faut réviser mon objectif.  3h20 peut-être?  Hmmmmm.  Allez, continue Pierre, cours et cesse de penser un peu.

J'entre dans le troisième quart, la chaleur continue de monter (environ 30C) et mon mental écope.  À partir du 25e km, je me sens forcé de ralentir, je cours déjà à autour de 5:00/km et même parfois plus lentement.  Les coureurs qui marchent sont maintenant nombreux autour de moi, ce qui inclut beaucoup de forts athlètes.  Mon petit diable commence à me travailler: 'Pierre, si ils marchent eux, pourquoi pas toi aussi? De toute façon, tu ne feras pas de temps intéressant aujourd'hui' ... tais-toi ptit con.  Allez Pierre, tu t'accroches et tu continues à courir.

Les 4 collines de Newton arrivent à partir du 26ième km.  Elles ne sont pas très pentues, mais elles sont looongues, et on n'en sort qu'au 33ième km.  La quatrième, Heartbreak Hill, n'est pas si difficile une fois qu'on réalise que c'est la dernière.


De ce petit sommet atteint, la descente me fait du bien -- dans les deux années passées cette descente était plus douloureuse aux jambes parce que j'avais maintenu un rythme plus rapide, mais cette fois-ci la chaleur est le facteur le plus important, de loin.

Mon humeur est devenue volatile.  Peu après les Hills arrive le redoutable 'haunted mile' , où le défi mental devient très, très difficile à surmonter.  Mon petit diable est devenu un avocat redoutablement convaincant... je finis par céder à ses demandes insistantes après un poste d'eau, pour marcher un peu.  C'est alors que Donald me rattrape, et avec son inimitable style de motivateur spartiate, il me rallie à lui pour repartir à courir illico.  'Allez Pierre, tu ne marches pas, on court ensemble jusqu'à la fin, tu vas m'aider à terminer ça sous les 3h30.'  Donald me connait assez pour savoir que je pourrais si je le voulais vraiment, et que je n'ai pas d'empêchement physique... mais je ne veux plus assez.  C'est difficile à décrire, mais j'ai besoin de marcher un peu, c'est plus fort que moi.  Je le laisse donc continuer devant moi, avec un soupçon de regret et en même temps un peu de soulagement de lâcher prise.  Je marche environ un kilomètre, et en voyant le panneau du mille 23 devant moi, je décide qu'à partir de là je pourrai courir jusqu'à la fin.  Ce petit repos est salutaire, il me permet de traverser mon mur, pour m'en sortir et arriver plus fort, la tête haute.

Les cinq derniers kilomètres sont difficiles évidemment (l'ai-je dit? il fait CHAUD), mais j'ai rassis mon petit diable, je me suis re-stabilisé autour de 5:00/km et j'arrive à accepter une partie de l'énergie formidable offerte par le très nombreux public bostonnais -- qui doit aussi braver la chaleur en restant sur place!  Je me motive aussi en me disant que je bat un record personnel de toute façon: celui du nombre de verres d'eau sur la tête, au moins 25 sans exagérer!

Dans le dernier droit de 600 mètres sur Boylston Street, je goûte la victoire morale de terminer la tête haute et en force, et je lève les bras bien haut au fil d'arrivée.  Je finis en 3h32 pile. Allez Pierre, savoure ce moment, tu l'as bien gagné.

Mon ami Donald a fini trois minutes devant, mais je ne peux le retrouver à l'arrivée, et il y a encore un bon kilomètre à marcher pour pouvoir récupérer ses affaires.  Je remercie les bénévoles à l'arrivée.  Je m'assois sur le trottoir un peu plus loin, et j'enlève avec grand soulagement mes souliers trempés pour faire respirer un peu mes pauvres pieds, tous gercés (mais heureusement à peu près saufs, à un ongle près).  Je mange et bois un peu, ça me fait du bien.  Je croise aussi Delphine, surprenamment toute fraîche et sereine, qui a vécu une expérience bien différente du marathon, je vous invite à lire son récit trop drôle en deux chapitres sur son blogue.

Un truc toujours intéressant quand on finit, c'est de voir si on 'bat' son numéro de dossard, c'est-à-dire son rang de qualification (avec le temps de son marathon qualificateur).  Dans mon cas, je l'ai battu encore plus aisément que les années passées, en arrivant 3317ème alors que mon dossard était le 7280!

Voici les statistiques de mes trois Boston.  Je n'ai pas à rougir de ma position cette année, bien au contraire.


YEARBIB
AGEM/F
STATECOUNTRY
20107464
42M
QCCAN
OverallGenderDivisionOfficial Time
4309 / 226723835 / 13120750 / 21203:18:40
20117631
43M
QCCAN
OverallGenderDivisionOfficial Time
4158 / 238793740 / 13806731 / 23033:16:07

2012728044
M
QCCAN
OverallGenderDivisionOfficial Time
3317 / 215542848 / 12588561 / 20153:32:00

J'ai donc terminé dans ces conditions éprouvantes avec 22 minutes de décalage par rapport à l'objectif pour lequel je m'étais entraîné.  Mais cet écart est semblable ou pire pour la majorité de mes amis coureurs.  Après la course, je croise notre grand athlète québécois Louis-Philippe Garnier, qui a terminé en 2h48 je crois, lui qui termine normalement toujours sous les 2h40, et qui me rassure en me disant que pour lui aussi c'est de loin le plus difficile marathon de sa carrière!

Courir dans la chaleur, c'est quelque chose que je peux faire.  Mais garder mon focus, savoir faire abstraction de mes pensées négatives, savoir éteindre le cérébral pour ne fonctionner qu'avec le cerveau reptilien... c'est pour moi un long apprentissage, j'ai encore du travail devant moi pour y arriver.  Et cette force, il me la faut pour réussir mes gros défis ultras de cet été.

Ma 'trilogie Boston' est complétée (2010-2011-2012).  Je me tourne maintenant vers d'autres marathons et d'autres épreuves de course à pied, ayant bien goûté et savouré l'expérience Boston.  J'y retournerai peut-être dans 5 ans, 10 ans ou plus... mais rien ne me presse, vraiment.   Pour l'avenir proche, je vais m'orienter plus vers les sentiers et les excursions, sans viser la performance à chaque fois.  Il y a d'autres choses à vivre que l'ivresse de la vitesse.

Épilogue

Après une bonne douche, un bon snack et une bonne bière bien méritée, le retour se passe sans problème, et je me surprend à avoir toujours assez d'énergie pour conduire toute la route du retour avec la chouette compagnie de Bruno et Marie-Claude.  Petit arrêt au Liquor Store du New Hampshire pour m'offrir une bonne bouteille de scotch, un Isley: Laphroaig.  J'arrive à la maison à 23h, un peu crevé je dois admettre.  Home sweet home!

Je peux maintenant retrouver ma petite famille, je récupère rapidement et je me relance assez vite dans mon entraînement, vu que les défis ne manqueront pas pour moi dans les prochains 3 mois!

J'ai donc bien repris les entrainements sur route durant la semaine, et les longues courses de fin de semaine, dont un bon défi dans les sentiers de Prévost samedi passé, avec une chouette tribu d'amis coureurs:

Au sommet du mont Olympia, et au milieu d'un trajet de 23km avec 1000m de dénivelés

mardi 10 avril 2012

La saison des courses

Déjà presque 1000km à mon compteur depuis le premier janvier, alors que le printemps commence à peine, c'est du jamais vu.  Pas de doute, mon engagement pour la course ne se dément pas, et il est devenu un élément important dans ma vie. Il me permet de canaliser positivement mon énergie sur un entrainement régulier, sur des objectifs personnels ambitieux et sur des défis d'équipe valorisants.


Nouvelles des Étudiants dans la Course

J'aime bien mon expérience de mentor avec cette troisième cohorte EDLC, le groupe est cohésif et les jeunes sont beaux à voir dans leur progression.  Nous sommes au total une trentaine de mentors et accompagnateurs pour environ 25 jeunes.  Comme les deux ans passés, nous en avons perdu quelques uns en chemin, mais ceux qui sont restés ont maintenant commencé à comprendre la valeur de l'équipe et des petits efforts individuels quotidiens et hebdomadaires, ces efforts qui combinés permettent d'accomplir de grandes choses.  Ils regardent derrière et sont déjà surpris du chemin parcouru.  Et devant... ils ne se doutent pas encore des plus gros efforts à donner dans la deuxième moitié pour arriver au marathon de Montréal.

Les courses du 5km de l'Ile Bizard et du 10km de Lasalle furent de francs succès, tous les jeunes ont franchi ces lignes d'arrivée la tête haute.  Dans chaque cas, l'équipe reste solidaire, et les premiers arrivés retournent en amont pour accompagner les derniers, pour terminer ensemble.


          À la mi-course du 10km de Lasalle avec le groupe des plus rapides de la cohorte EDLC

Le printemps s'annonce donc riche en entrainements, avec les intervalles R2 plus longs du jeudi qui s'ajoutent aux intervalles R3 plus courts du mardi, et avec les participations aux courses des 10km YMCA du Parc Maisonneuve (samedi 5 mai), 10km de la Grande Virée des Sentiers de St-Bruno (dimanche 10 juin) et le 20km du Tour du Lac Brome (dimanche 17 juin).

Troisième Boston dans 5 jours

J'aime bien cette course, et c'est pourquoi j'ai profité de mon privilège de qualifié une troisième fois en m'inscrivant.  Les deux premières fois j'ai assez bien fait selon mes standards personnels (3:18 en 2010 et 3:16 en 2011) ... mais pas pour abaisser mon meilleur temps -- qui est maintenant de 3:14 (Ottawa 2011).

Cette fois-ci, avec un entraînement sérieux et costaud, le plan FIRST de Furman (référence: le livre 'Run Less, Run Faster'), je fixe la barre haute avec un plan A qui cible un temps de 3h10 (vitesse moyenne de 4:30/km), un plan B  3h12 et un plan C de 3h14 -- bien entendu, en comptant sur des conditions météo au moins potables.  Pour l'instant les prédictions météo changent d'un jour à l'autre... on ne s'énervera pas avec cela.

Je m'y rends avec Bruno, un ami coureur d'expérience de mon patelin, et aussi un superbe athlète qui peut encore courir le marathon sous les 3 heures, alors qu'il est de 3 ans mon ainé!  Il aura sûrement de petits tuyaux pour moi à partager sur la route.

Donc, suspense quant au dénouement, lundi matin le 16 avril, jour de la fête des Patriotes au Massachussets... qui courra saura!

Et maintenant que je connais l'expérience Boston, je vais la vivre plus sereinement, en anticipant mieux les petits éléments logistiques, tels que les choses utiles à apporter (et les choses inutiles), mon alimentation de la fin de semaine, les vêtements chauds pour l'attente avant le départ au village des coureurs, etc.   Et puis, j'espère avoir la chance de croiser des amis coureurs le dimanche et le lundi!  Réjean, Delphine, Maxime, Donald, Daniel... bonne chance à vous!  Ce sera sans nul doute un beau rendez-vous.

Après Boston...


Je n'aurai pas le temps de m'ennuyer en revenant, avec l'entrainement de volume et en sentier qui commencera, pour me préparer à mes gros objectifs de l'été, soit le 50km Ultimate XC de Saint-Donat, le 30 juin, avec l'ami Alex, et le 100 milles du Vermont, les 21-22 juillet, bien accompagné (mon épouse, et probablement des segments de course avec ma soeur, et peut-être aussi avec mes amis coureurs Fred et Donald).  Le focus changera aussi radicalement, de la performance à l'endurance, de la route au sentier.  Je suivrai alors les conseils de l'ultramarathonien d'expérience Bryon Powell, dans son livre 'Relentless Forward Progress', et j'espère rencontrer en entrainement des ultramarathoniens d'ici comme Pat.

À ces défis majeurs s'ajouteront plusieurs bons défis intermédiaires, à commencer  par le demi marathon de Châteauguay le dimanche13 mai, où j'aurai l'occasion de courir avec quelques amis de Dailymile.

Pour un coureur comme moi, la saison des courses qui commence, c'est comme un gourmand qui savoure des yeux le festin qui s'étale devant lui... mais attention, une bouchée à la fois, et en bonne compagnie s'il vous plaît!

mercredi 8 février 2012

Fantastique voyage intérieur au milieu de l'hiver

Quel mois de janvier ce fut pour moi, tout en course!


D'abord il y a eu la course Résolution de 5km le soir du 30 décembre, par grand froid et dans le noir, avec mes amis François, Josée, Louis-Philippe et Sacha; une course que j'ai terminée côte à côte avec Sacha, exactement comme nous avions terminé ensemble notre premier ultramarathon, le 100km, 6 mois plus tôt!  Nous n'avons pas trainé en 22:25, parmi les dix premiers.  Mais cet événement n'avait pas de chronométrage officiel -- aucune importance, d'ailleurs :)


Ensuite le 8 janvier, une belle course de 5km au Jardin Botanique avec les Étudiants dans la Course;  les photos sont éloquentes, jeunes et mentors ont adoré le baptême de course des premiers.


Nos jeunes fougueux aiment bien sprinter à l'arrivée pour 'larguer' leurs mentors.


Et puis je me suis fait de nouveaux amis coureurs merveilleux sur Dailymile - vraiment très chouettes; ce réseau social est de loin le plus pertinent pour moi!  Très motivant de raconter ses entraînements et aventures, et de lire celle de ses amis, avec des touches bien personnelles.  Et de s'organiser des rencontres et des entrainements ensemble!


J'ai cumulé tout de près de 300km entre le 1er et le 31 janvier, pas mal surtout pour ce mois-là...


Et le point culminant?  Sans conteste le 29 janvier avec le marathon intérieur de Montréal, à l'UQAM.   Marathon intérieur... kessé ça?  Une première pour ce genre d'événement au Québec (peut-être même au Canada?), étonnamment bien organisé par le talentueux Steve Moisan , un membre des 'Marathon Maniacs', donc forcément un passionné de la discipline.   Steve m'a raconté avoir essayé la formule comme participant, en Indiana un an plus tôt, ce qui lui a donné l'idée de venir lancer la formule ici comme organisateur.   Je peux vous dire qu'il a travaillé fort à tous les points de vue pour en faire une réussite, et il n'a pas manqué son coup: les participants et les spectateurs ont tous été impressionnés.  Toute son équipe, les bénévoles de Team in training, et l'équipe de chronométrage, Quidchrono avec le système de comptage de tours, tous ont planché très fort pour réussir cet événement.  Ensemble, ils prévoient non seulement revenir l'an prochain, mais renchérir en offrant cette formule à Trois-Rivières, Québec et Sherbrooke!


Le choix de la petite piste rectangulaire de 154 mètres du centre sportif de l'UQAM a rendu l'épreuve beaucoup plus difficile que tout autre marathon que j'ai vécu à date.  Comme il fallait parcourir 274 tours (!)  pour obtenir la distance de 42,195 km, cela faisait 1096 virages à angle droit!  Sur une piste en béton avec un léger revêtement synthétique, avec seulement 2 voies assez étroites, ce qui générait beaucoup de manoeuvres de dépassements avec changements de vitesse.  Et pour ajouter au plaisir, des changements de sens imposés à tous les coureurs aux 30 minutes -- qui se passaient très bien, mais cassaient le rythme de chacun.


Le côté génial de ce genre de cet événement, c'est la proximité et l'intimité entre tous les participants et les quelques spectateurs.  Claire, Caroline, Alex, Luc et moi (tous liés par Dailymile) avons eu le plaisir de faire connaissance en chair et en os avant le départ et de nous encourager, avec un peu de rigolade et de nervosité. Claire étant au repos, elle était généreusement venue pour devenir notre meilleure supporteur avec son sourire énergisant tout le long de cet événement.  À elle se sont ajoutés Delphine, Éric, et deux participants du marathon de la veille: Gaétan et Lisanne.


Fidèle à mes mauvaises habitudes, j'ai cédé à mes pulsions et au signal de départ, je suis parti un peu trop vite.  Je savais que j'allais payer pour ça plus tard, mais j'étais prêt à l'assumer.  Jusqu'à la moitié de la course, tout allait vraiment bien et je me trouvais troisième, avec deux très rapides coureurs devant moi: Pierre-Luc (club des Vainqueurs) et Noel.  Plusieurs s'encourageaient lors des nombreux dépassements, ce que j'ai trouvé trippant.   Mais bon, chacun trouve aussi sa bulle pour regrouper ses forces.  La musique du DJ ajoute au plaisir.  Je me rappelle des tounes de Led Zeppelin et des Rolling Stones qui m'ont mis en transe, vers le milieu de la course.  J'aurais voulu danser.  Retour aux performances: en courant j'ai réalisé que je pourrais peut-être décrocher un podium?  Et puis j'ai remarqué que Noel avait interrompu sa course, et puis que Pierre-Luc avait drastiquement ralenti, visiblement embêté par quelque chose, alors qu'il avait accumulé 10 tours d'avance sur moi (plus de 1,5km).  La plupart des autres participants tenaient le coup, dont Luc, en pleine forme.  J'ai graduellement rattrapé Pierre-Luc, puis dépassé en me pinçant pour réaliser ce qui se passait: pour la première fois de ma carrière de coureur, je prenais la tête!  Il restait cependant plus de 100 tours à faire, et le plus dur était toujours devant...




À partir du 220ième tour, j'ai commencé à sentir la très sérieuse menace de crampes aux mollets.  D'abord aux deux tours, puis quelques fois par tour, elles s'annonçaient, et je m'en sauvais à chaque fois de justesse.  J'avais évidemment ralenti (en moyenne 50 secondes du tour), mais je ne pouvais rien faire en mouvement pour les éloigner.


C'est au 255ième tour, à 3km de la fin, que j'ai cogné brusquement mon mur: les 2 mollets ont figé net, et les bénévoles de Team in Training ont même dit les avoir entendus claquer (!) quand je suis passé devant elles!  J'étais immobilisé, incapable de continuer, je me suis trainé à quelques mètres devant pour m'asseoir au coin de parcours le plus proche.  Comment allais-je faire pour déjouer ces dangereuses crampes aux 2 mollets, et terminer mon marathon?  Je ne pouvais concevoir d'abandonner à ce point-ci.  Un petit miracle s'est alors produit.  Je venais de dépasser Olivier, un coureur très lent mais très constant, et en me voyant il n'a pas hésité un seul instant pour venir me porter assistance.  




Voici Olivier Gratton, le coureur qui s'est généreusement arrêté après moi pour m'aider à faire passer mes crampes.  Remarquez la proéminence de mes mollets: il sont complètement figés.  Un moment mémorable de la course.  Note à souligner: Olivier a plus tard terminé sa course, après un combat héroïque de 7 heures, et je le félicite bien humblement pour son extraordinaire persévérance.


Olivier a donc commencé en prenant ma jambe, il semblait connaître la manoeuvre.  Mais mes crampes étaient si fortes que la douleur et la crispation revenait facilement.  Les bénévoles avaient entretemps appelé à la rescousse le chiropraticien Simon présent sur place, lui qui était venu faire connaître ses services.  Simon a pris la relève d'Olivier et avec ses manipulations précises, j'ai réussi à les apaiser et j'ai pu retourner en piste après 2 minutes, sans perdre trop de l'avance que je m'étais forgée!   Ce 255e tour fut donc le seul parcouru en plus d'une minute: avec l'arrêt forcé, un tour de 180 secondes.  C'aurait pu être bien pire, franchement, quelle chance!  Je ne saurais assez remercier Olivier et Simon.  


Comme j'avais pris une bonne avance sur mes poursuivants, j'ai repris la course avec encore 3 ou 4 tours d'avance sur les deuxième et troisième, Tommy et Luc, qui avaient très bien géré leur course et la finissaient en accélération!  Comme mes mollets semblaient hors de danger, j'ai même pu terminer avec des tours de 45 secondes, vraiment cool!


J'ai donc terminé premier (je n'aurais jamais cru pouvoir dire cela un jour, j'en ai encore les papillons!) en 3h35, soit 21 minutes de plus que mon meilleur temps (Ottawa l'an passé), et 2 minutes devant Tommy... mais vraiment très difficile pour tous les coureurs (environ 20 partants et 15 finissants), ce marathon, à cause de la surface de béton et tous ces virages à angle droit...   Luc a terminé avec une superbe troisième place juste après, et Pierre-Luc a terminé quatrième, ayant courageusement persévéré malgré de vives douleurs aux pieds.


Dans le demi-marathon (qui se courait en même temps que le marathon), Caroline a terminé première des 2 participantes, elle qui courait son premier demi-marathon... Chapeau!  Ça augure vraiment bien pour sa carrière de coureuse qui commence.


Dans l'heure qui a suivi, nous avons mangé, échangé, reçu nos médailles, pris des photos (merci pour cela aussi Claire, tu es merveilleuse!)




Voici les résultats officiels du marathon par Quidchrono.


2 participants blogueurs ont aussi raconté leur aventure dans ce marathon:  Luc (excellent récit avec plusieurs photos!) et Robin -- qui a gagné le marathon de la veille, le samedi, en 3h19, en détient donc le record, et a lui aussi dû surmonter des crampes aux mollets!


Je relèverai probablement ce défi de nouveau lors de la prochaine édition, mais j'émets un souhait: une autre piste intérieure, comme celle de McGill ou celle du centre Claude-Robillard, toutes deux ovales et beaucoup plus praticables.


J'ai appris quelques trucs fort utiles en vue de mes prochaines épreuves (y compris les ultras), en bonne partie grâce à Alex, qui a couru les marathons du samedi ET du dimanche, avec une remarquable constance et des temps franchement excellents.  J'essaierai prochainement de prendre des pastilles de sels (e-load) pendant mes plus longues courses d'entrainement.


En outre, le chiro Simon et son assistante mon fait passer des petits 'tests' quand j'étais venu faire une reconnaissance de l'événement le samedi matin: mesure du poids pour chaque pied (différence de 13 livres!), mesure de la posture dorsale (omoplates et hanches penchant vers la gauche), mesure du flux énergétique dans les vertèbres cervicales... tests qui mettent bien sûr la puce à l'oreille en constatant qu'on est tout croche, et qu'on a besoin de soins préventifs en chiropractie avant qu'il ne soit trop tard!  Bon, est-ce que j'embarque là-dedans?  À suivre...


Petit détail pour finir: mon nouvel ami coureur, Alex, m'a suggéré que l'on coure en équipe le Ultra trail 50km de Saint-Donat, le 30 juin, en sentier technique avec moult côtes... tope-là, inscription faite!  Ce sera un très gros défi et une dernière longue (et difficile) course préparatoire avant le Vermont 100.  Et ça nous donnera de bonnes raisons pour se planifier de beaux entrainement ensemble, et peut-être aussi avec Pat ... toute une année excitante qui commence.


Tout à coup, je réalise que l'hiver me semble si léger et agréable pour courir.  Et pour vous?